Les fantômes du café Pierre Loti

 
Au sommet de l’Eyüp, les clients du café Pierre Loti entrevoient parfois le spectre de l’écrivain voyageur français le plus turcophile.

Le lieu est devenu le rendez-vous incontournable des nostalgiques

Le café Pierre Loti se mérite. On y accède après une ascension en funiculaire au dessus du cimetière de l’Eyüp et une errance plus ou moins longue dans les ruelles ombragées du quartier. Au sommet, la Corne d’or déborde de toute son abondance. Les maisons colorées semblent surgies d’un poème de Supervielle et le Bosphore est une coulée d’étoiles.

Fenêtre sur la Corne d'or

A la terrasse, des nappes Vichy et des arbres aux chevelures ébouriffées de chlorophylle. Les silhouettes d’amoureux attablés forment un Karagöz rieur tandis que des serveurs en noir et blanc glissent entre les chaises, un plateau de thé noir en équilibre sur la main.

Les places proches de la balustrade sont les plus prisées

Le lieu est hanté. Hanté par cet écrivain officier de marine tombé amoureux de la Turquie à travers le visage de la mystérieuse Hatice, odalisque aux yeux verts, femme de sérail prisonnière du harem d’un haut-dignitaire turc. Hatice qui se laisse mourir de chagrin après le départ de son amant. Hatice, passée à la postérité en héroïne littéraire de Aziyadé et Fantôme d’Orient.

Instant volé dans la cuisine du café

Comme un clin d’œil mémoriel, le café Loti est situé au milieu d’un cimetière. Un cimetière aux tombes blanches, sculptées qui, à la lumière rasante du crépuscule, a des allures de gisement de statues de sel. Petit peuple de pierre touchant et silencieux qui invite à l’introspection.

Les ruelles blanches regorgent de coins secrets où viennent s'isoler les promeneurs lassés des foules

Derrière le café, la boutique Pierre Loti. Des chats se prélassent au soleil. Le vendeur plisse les yeux sous la crue de lumière. A l’intérieur, des livres, des portraits à l’effigie de l’auteur. Dans toutes les langues. Et une collection de gravures anciennes. Tout ici semble rayonner d’une aura un peu nostalgique. C’est la fin de la journée. La Corne d’or s’embrase et la voix de Loti flotte dans l’air du soir.

Derrière le café, les chaises vides matérialisent l'absence

« Le tableau s’assombrit à mesure qu’on s’enfonce dans le vieux Stamboul, qu’on s’approche du saint quartier d’Eyoub et des grands cimetières. Encore des échappées sur la nappe bleue de Marmara, les îles ou les montagnes d’Asie, mais les passants rares et les cases tristes ;-un sceau de vétusté et de mystère,-et les objets extérieurs racontant les histoires farouches de la vieille Turquie. »

Par sa proximité entre le monde des tombes et celui de la vie qui grouille autour,"Eyoub" semble s'être échappé du temps


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